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Beyrouth, mon amour

Une explosion majeure a dévasté la ville de Beyrouth le 4 août. La déflagration a privé plus de 300 000 personnes de domicile.

Hiba Hajj Omar, chargée de communication à Medair Liban, fait partie de l’équipe qui a évalué les besoins. Elle nous livre ses pensées :

Je n’arrive toujours pas à en croire mes yeux.

Je  me suis rendue dans les rues de Beyrouth deux jours après l’explosion catastrophique.  Et depuis, je n’arrive pas à distinguer si ce que je ressentais à ce moment-là était de la tristesse, de la peur ou de la colère. Tellement de gens avaient perdu la vie et des centaines étaient encore portées disparues, se trouvant certainement sous les décombres… À ce jour, des milliers de personnes luttent pour rester en vie. Sans parler des millions de Libanais au cœur brisé, dont les rêves et les espoirs ont été détruits à jamais.

Me retrouvant dans ces rues de Beyrouth que je connais si bien, je ne pouvais que constater la souffrance de mes concitoyens. Les débris de verre couverts de sang parlent d’eux-mêmes. Les parfums de jasmin et de citron si évocateurs de la ville ont désormais été remplacés par l’odeur de poussière et de sang. Beyrouth me semble vide d’espoir, fatiguée et brisée.  Les gens que j’ai rencontrés aujourd’hui ont des histoires tragiques. J’ai entendu tellement de choses que je ne pourrais jamais oublier : « j’ai vu ma mère mourir devant moi. », « j’ai dormi dans la rue, avec les chiens hier », « je suis tombée de mon balcon car il était endommagé et je ne sais toujours pas où son mes fils », « des bandages couvrent des blessures sur mon visage, mes mains et mes jambes, mais je ne sais pas ce qu’ils cachent », « j’aurais préféré mourir », « mes rêves, ma maison, mon travail, mon ordinateur, mon téléphone, mes livres, mes plantes, mes œuvres d’art, les souvenirs de ma mère… tout est perdu, je suis perdu… », « jamais je ne quitterai cette ville ; c’est ici que je mourrai, quoi qu’il arrive », « à chaque fois que je ferme les yeux, j’y pense…cette fumée orange a bouleversé ma vie », « nous n’avons plus d’eau pour laver le sang. »

J’ai vu une mère qui pleurait, stoïque, devant ses enfants. J’ai vu un père, bouleversé, qui fouillait dans les décombres de son atelier ; un atelier qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille. J’ai vu une famille, avec deux filles et un nouveau-né, qui chargeait sa voiture aux vitres craquelées, de nourriture, de matelas, d’oreillers, pour quitter leur domicile et trouver refuge ailleurs.

Les décombres qui étaient autrefois une maison. Karantina, Beyrouth, 6 août 2020
Perdue au milieu de cette ville que j’aime, je n’arrive pas à me dire que Beyrouth est faible. Pourquoi ? Parce que depuis des décennies, les populations qui l’habitent ont souffert mais ont toujours surmonté les nombreux obstacles. Avant même cette nouvelle crise, les familles étaient confrontées à l’effondrement de l’économie, à la dévaluation monétaire, à la pandémie de Covid-19, et à la crise syrienne.

Alors non. Beyrouth n’est pas faible. Les habitants de Beyrouth ne le sont pas non plus. Pas plus de 24 heures après la catastrophe, des Libanais venant de tout le pays se sont joints aux familles de Beyrouth pour les aider à se relever. C’est la raison pour laquelle, avec mes collègues de Medair, nous sommes allés à Beyrouth et avons, ces derniers jours, participé aux efforts de déblaiement, d’évaluation et de distribution d’abris.

Le Liban a besoin de nous. Sa capitale a besoin de nous. Cette tragédie sera mentionnée dans les livres d’histoire à venir. Des livres qui décriront le Liban comme un pays de douleur et de souffrance. Un pays, qui, quoi qu’il arrive, ne s’est pas laissé abattre.                                                                                        

Medair a lancé une réponse d’urgence de 3 millions de dollars destinée à répondre aux besoins les plus urgents en matière d’abris et d’aide psychosociale. Nous intervenons dans le quartier de Gemmayze, “le cœur de Beyrouth”. Cette catastrophe vient amplifier la souffrance du peuple libanais qui peinait déjà à s’en sortir face à une crise économique sans précédent et à la pandémie de Covid-19.

Grâce à votre don, nous pourrons acheminer une aide d’urgence aux habitants de Beyrouth qui ont tout perdu.