Histoires

Accéder aux services de maternité pour les réfugiés du Liban

Les sages-femmes jouent un rôle crucial auprès des femmes et des jeunes filles vulnérables résidant dans des zones d'habitat informel et qui ont du mal à accéder à des services de santé sexuelle et reproductive (SSR) de qualité.

Une jeune femme adulte est assise dans une maison sous tente.

Marta, 29 ans, membre de la communauté syrienne, photographiée lors d’une consultation avec une sage-femme dans une maison sous tente dans un campement informel à Serraaine, au nord de la Bekaa, le 7 février 2024.   Marta est enceinte de sept semaines et suit sa consultation avec Zeina, la sage-femme de Medair, après avoir reçu une première consultation au centre de soins de santé primaires de Serraaine, soutenu par Medair, dans le nord de la Bekaa. ©Medair/Abdul Dennaoui

“Être constamment exposée à des obstacles est mon fardeau quotidien. Je m’inquiète de notre avenir. Comment vais-je nourrir mon enfant si j’ai à peine les moyens de me nourrir moi-même ? Je dois donner la priorité à ma santé, car celle de mon enfant en dépend”, déclare Marta.

Douze ans après le début du conflit syrien, le Liban vit toujours l’une des pires crises socio-économiques au monde, exacerbée par le conflit ukrainien, le COVID-19, une épidémie de choléra et l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth. L’économie libanaise, déjà fragile en raison de décennies d’instabilité politique et de corruption, a été encore plus déstabilisée par l’afflux de réfugiés. Le pays reste en première ligne d’une grave crise humanitaire ; il accueille la plus forte population de réfugiés par habitant, et l’on comptabilise depuis le début du conflit environ 1,5 million de Syriens à la recherche d’un abri. La crise syrienne continue d’avoir un impact sur l’économie, les institutions publiques et la population du Liban. Les différentes communautés d’accueil et de réfugiés souffrent d’un accès limité aux produits de première nécessité, aux soins de santé, à l’éducation et à l’emploi, et sont exposées à la dépréciation de la livre libanaise et à des taux d’inflation élevés.

Vivre cette crise au quotidien pour une femme enceinte réfugiée peut être accablant. Marta doit faire face aux conséquences du déplacement, à l’insécurité et à un avenir incertain. Fuir son pays implique également de laisser derrière soi les membres de sa famille, un environnement familier et des sources de soutien, ce qui ajoute beaucoup de stress. Mais pour les femmes enceintes, le principal défi consiste à accéder aux services de santé essentiels. C’est la triste réalité de Marta, une Syrienne de 29 ans qui s’est réfugiée au Liban avec sa famille.

Une jeune femme adulte enceinte fait contrôler sa tension artérielle par un professionnel de santé qualifié.

Marta, 29 ans, membre de la communauté syrienne, fait mesurer sa tension artérielle par Zainab, sage-femme de Medair, lors d’une consultation de sage-femme dans une maison sous tente dans un campement informel à Serraaine, dans la Bekaa Nord, le 7 février 2024. ©Medair/Abdul Dennaoui

Je l’ai rencontrée lors d’une consultation avec une sage-femme dans un campement informel à Baalbek-El Hermel, dans la vallée de la Bekaa. Elle discutait de l’évolution de sa grossesse et m’a donné l’impression d’être une personne très calme et agréable. Enceinte de sept semaines, Marta vit avec sa famille dans un campement surpeuplé de la vallée. Vivre sous tente n’est vraiment pas idéal pour une femme enceinte, mais elle n’a pas d’autre choix. Comme tous les réfugiés au Liban, elle s’efforce de répondre à ses besoins fondamentaux au quotidien avec des ressources limitées. Marta s’inquiète pour son avenir et celui de son enfant à naître.

Pendant la consultation, Marta m’a fait part des difficultés récentes de ses proches. Sa famille a décidé de réduire ses repas en raison de la hausse des prix des produits essentiels et de son instabilité financière. Une future mère ne devrait pas avoir à endurer de telles difficultés, mais Marta semble déterminée à donner la priorité à sa santé et à celle de son bébé. “Être enceinte dans les circonstances que je connais est chaque jour un combat difficile”, dit-elle. “Nos conditions de vie sont incertaines, et l’accès à la nourriture, l’eau, l’électricité et les soins de santé est une lutte constante. Le fait de devoir constamment surmonter ces obstacles est un fardeau. Je m’inquiète de notre avenir. Comment vais-je nourrir mon enfant si j’ai à peine les moyens de me nourrir moi-même ? Je dois donner la priorité à ma santé, car celle de mon enfant en dépend.”

Une jeune femme adulte enceinte fait contrôler son taux d'oxygène dans le sang par un professionnel de santé qualifié.

Marta, 29 ans, membre de la communauté syrienne, voit son taux d’oxygène sanguin mesuré par Zainab, sage-femme de Medair, lors d’une consultation de sage-femme dans une maison sous tente dans un campement informel à Serraaine, dans la Bekaa Nord, le 7 février 2024. ©Medair/Abdul Dennaoui

Malgré les difficultés, Marta s’estime heureuse d’avoir accès à des services de santé essentiels. “C’est une bénédiction qu’en dépit de l’augmentation des coûts et de la crise actuelle, je sois toujours là, soignée par un professionnel”, ajoute-t-elle. “Le fait que quelqu’un vienne me voir signifie que je peux donner la priorité à ma santé et à celle de mon bébé, sans trop m’inquiéter de savoir comment payer le transport ou faire face à l’instabilité qui m’entoure.”

La consultation avec la sage-femme a lieu dans sa tente. Marta a pu prendre note des ajustements nécessaires pour poursuivre sa grossesse, tout en assurant le suivi de sa santé et de celle de son enfant à naître. “Aujourd’hui, lors de ma consultation, on a pris ma tension artérielle, vérifié mon taux d’oxygène et mon taux de sucre dans le sang”, explique-t-elle. “Zainab, la sage-femme de Medair, m’a informée que mon apport en fer était faible. Cela est dû au fait que je n’ai pas pris suffisamment de poids pendant ma grossesse. C’est donc un point que je dois essayer d’améliorer à l’avenir. Sans cette consultation aujourd’hui, je n’aurais probablement pas su que j’avais une carence en fer.”

La détermination de Marta à offrir un avenir meilleur à son enfant, malgré tous les obstacles, est touchante et force l’admiration. À la fin de la consultation, j’ai été rassurée de savoir que la future maman était prise en charge par un professionnel. J’espère que la fin de sa grossesse et l’accouchement se passeront bien, et je prie pour une issue positive tant pour elle que pour son bébé.

 

 

 


Les services de santé de Medair au Liban sont financés par le ministère allemand des Affaires étrangères et par de généreux donateurs privés.

Ce contenu a été produit à partir de ressources recueillies par le personnel de Medair sur le terrain et au siège. Les opinions exprimées ici n’engagent que Medair et ne doivent en aucun cas être considérées comme reflétant l’opinion officielle d’une autre organisation.