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Comment l’énergie solaire transforme l’accès à l’eau au Yémen

Au Yémen, l’eau est une denrée rare. Avant le conflit actuel, le pays était considéré comme l’un des pays les plus durement touchés par le manque d’eau. Et cette situation de stress hydrique a empiré. Moins de la moitié de la population a accès à de l’eau potable, ce qui entraîne de graves répercussions sur la santé, les cultures et les moyens de subsistance des ménages. Pour de nombreuses communautés du Yémen, l’eau insalubre est la seule option, l’eau potable étant soit inaccessible soit hors de prix.

Medair travaille dans le gouvernorat d’Al Dhale’e, où le manque d’eau est particulièrement sévère. L’eau de la région présente une forte teneur en fluorure, élément nocif pour la santé des communautés et des enfants en particulier. Ces taux élevés de fluorure sont à l’origine d’une maladie osseuse appelée fluorose squelettique, qui déforme et fragilise les os et entraîne une décoloration des dents.

Majed, élève de huit ans en troisième année de primaire, est atteint d’une fluorose squelettique imputable au taux élevé de fluorure dans l’eau du district d’Al Hussein, dans le gouvernorat d’Al Dhale’e

« Les enfants de cette région sont les plus vulnérables et les plus à risque. Il est très fréquent de voir des enfants dont les os sont déformés et dont les dents présentent des marques visibles et des taches brunes en raison de la consommation excessive de fluorure, » explique Nawaf, responsable santé et nutrition chez Medair.

Élèves dans une école primaire d’Al Dhale’e. L’excès de fluorure dans l’eau leur détériore les dents, comme on peut le voir chez le garçon sur la photo.

Pour la première fois au Yémen, Medair a construit un important réseau de canalisations d’eau de six kilomètres alimenté par l’énergie solaire, qui fournit de l’eau potable à plus de 3 000 personnes dans la région

Réservoir d’eau en blocs de pierre d’une capacité de 54 000 litres connecté à une centrale solaire.

Saddam, directeur de la préparation et des interventions d’urgence en matière d’eau et d’assainissement (WASH) chez Medair, debout devant l’imposant réservoir d’eau. Derrière lui, la centrale solaire qui pompe l’eau. Le réseau de canalisations d’eau fait six kilomètres de long et dessert plus de 3 000 personnes dans le district d’Al Hussein, dans le gouvernorat d’Al Dhale’e

« Le projet a été particulièrement difficile à cause du type de sol et de l’étendue de la surface qu’allait recouvrir ce réseau de six kilomètres. Nous avons un immense réservoir d’une capacité de 54 000 litres au sommet d’une colline rocailleuse, et une centrale solaire qui permettra de pomper l’eau sur l’ensemble du réseau.

L’idée derrière la centrale solaire, c’était d’avoir une source d’énergie écologique respectueuse de l’environnement. Tout au long de la mise en œuvre de ce projet, notre motivation première était le bien-être des communautés vulnérables de la région. D’après mes observations et les témoignages du personnel des centres de santé de la région et de l’équipe médicale de Medair, le nombre de personnes souffrant de douleurs abdominales, de nausées et de vomissements causés par l’empoisonnement au fluorure est en baisse, surtout chez les femmes et les enfants, » explique Saddam, directeur de la préparation et des interventions d’urgence en matière d’eau et d’assainissement (WASH) chez Medair.

Un des neuf points de distribution sur le réseau de 6 km.

Avant le projet, les populations consommaient de l’eau insalubre malgré les risques de santé que cela représentait. Ceux qui en avaient les moyens achetaient de l’eau potable au marché. Pour la majorité des gens, l’eau insalubre était la seule option. Ce n’est plus le cas, à présent. L’espoir est revenu.

Nada, 29 ans, enseignante dans une école primaire du district d’Al Hussein, dans le gouvernorat d’Al Dhale’e, place de grands espoirs dans ce nouveau projet de canalisation d’eau.

« Ici, les femmes ne peuvent pas toujours exprimer librement leurs problèmes, alors elles prennent sur elles. J’ai moi aussi les jambes arquées et j’ai eu plusieurs os brisés depuis mon enfance. En tant qu’enseignante, je vois la souffrance des enfants et des familles. L’eau insalubre m’a privée d’une vie normale. L’ampleur du problème est grande, et pourtant celui-ci passe largement inaperçu dans notre pays. J’espère que mes paroles et celles de toutes les femmes de ma région seront entendues sous d’autres cieux. Je suis optimiste quant au projet de canalisation d’eau ; j’ai d’ailleurs appris que les maladies abdominales et rénales touchent aujourd’hui moins de personnes. C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour notre région et de nombreuses générations en bénéficieront, » confie Nada, enseignante dans une école du district d’Al Hussein, dans le gouvernorat d’Al Dhale’e.

Aref, 38 ans, vit au sein de la communauté bénéficiant du nouveau projet de canalisation d’eau du district d’Al Hussein, dans le gouvernorat d’Al Dhale’e

« Ce projet est salutaire pour nous : il nous approvisionne en eau potable sans excès de fluorure, » se félicite Aref, 38 ans.

La réussite de ce projet a ouvert la voie à cinq autres projets d’adduction d’eau alimentés à l’énergie solaire, et contribuera à transformer durablement le quotidien de ces communautés. Pour Medair, l’amélioration de l’accès à l’eau potable est une priorité absolue.


Medair est présent au Yémen depuis 2019. Notre travail est soutenu par le Bureau d’aide humanitaire des États-Unis, l’Agence suisse pour le développement et la collaboration, le Fonds humanitaire pour le Yémen (UNOCHA), le Dutch Relief Alliance, ainsi que par des donateurs privés