« Personne ne va nous croire. »
9. juin 2010,
Medair

Une évaluation effectuée par Medair révèle un niveau de malnutrition alarmant...

...parmi les enfants d’Akobo.
Sud-Soudan - Une évaluation effectuée par Medair révèle un niveau de malnutrition alarmant parmi les enfants d’Akobo.
En avril 2009, un conflit armé dans la région de Nyandit au Sud-Soudan, a coûté la vie à plus de 500 personnes et de nombreuses maisons ont été brûlées. Plus de 15 000 personnes ont été déplacées suite à ce conflit. Elles se sont réfugiées dans la ville d’Akobo, où elles se sont installées dans des abris temporaires à l'ombre des arbres.
La vie était agréable à Nyandit avant l'attaque. Les villageois pêchaient dans la rivière et cueillaient des fruits sauvages dans la brousse. Ils cultivaient également du maïs, du sorgho, des citrouilles, du gombo et des tomates. Mais un an plus tard, la plupart des personnes déplacées vivent toujours à Akobo et n’osent plus retourner dans leurs villages en ruines.
« Nous menions une vie paisible et mangions deux ou trois fois par jour », dit Nyayoung Reath Deng. « Aujourd’hui, trouver de la nourriture est très difficile alors nous ne mangeons qu’une fois par jour. »
La pénurie de nourriture est une préoccupation constante à Akobo, qui a souffert de sécheresse, d’insécurité et de mauvaises récoltés ces cinq dernières années.
« Nous n’avons aucune source de nourriture », explique Pal Rau Gai, âgé de 56 ans et père de sept enfants. « Nous avons même peur de cueillir des fruits sauvages. Nous ramassons du bois à brûler pour le revendre, mais autrement, nous ne pouvons rien faire d’autre que d’attendre à l’ombre des arbres sous cette chaleur. Pendant ce temps, nos enfants ont faim et souffrent de nombreux problèmes. »
Des chiffres alarmants
Lorsque Medair a été informée de la situation à Akobo, elle a envoyé une équipe d'urgence pour évaluer les besoins par elle-même. Depuis des années, Medair a réagi à de nombreuses situations d’urgence à Akobo qui est fréquemment le théâtre de terribles conflits. Mais notre équipe n'avait jamais rien vu de pareil.
« Dès le premier jour d’évaluation, nous avons été secoués », racontent Alan et Gaby Service, responsables du pôle santé de Medair et qui ont des années d’expérience au Sud-Soudan. « Récemment, nous avons mené trois enquêtes nutritionnelles, et les résultats ont tous dépassé les seuils d’urgence. Et pourtant, cette fois-ci, nous en étions loin ! »
Alan et Gaby ont dirigé l'équipe d'évaluation, et divisé la région d’Akobo en plusieurs zones géographiques. Puis ils ont mesuré la taille, le poids et la circonférence du bras de tous les enfants. Ce qu’ils ont découvert les a consternés.
« Dans toutes nos années de travail ici au Sud-Soudan, nous n’avons jamais vu une situation de cette ampleur, même pendant la guerre », dit Gaby. « On n’arrêtait pas de nous dire : ‘Personne ne va nous croire’. Nous avons donc vérifié et revérifié nos résultats pour nous assurer que nos mesures étaient exactes. Au Sud-Soudan, il n’est pas rare de rencontrer des taux de malnutrition de 15 à 20 %, voire parfois 30 % ! Mais découvrir que presque 50 % des enfants souffraient de malnutrition, a été un choc pour nous. »
L'enquête réalisée fin février sur des enfants âgés de cinq ans ou moins a révélé que 45,7 % d'entre eux souffraient de malnutrition aiguë générale et 15,5 % de malnutrition aiguë sévère (1). En plus des taux de malnutrition déplorables, l'enquête a également révélé que les enfants étaient en très mauvaise santé générale.
« Certains jours, nous étions tellement épuisés et abasourdis par cette situation que nous nous sommes dit : ‘C’en est trop, je ne peux plus supporter de voir encore un enfant souffrant de malnutrition’ », dit Alan. « Les enfants ici ont le ventre gonflé et les épaules et les genoux saillants. Beaucoup ont également d'autres problèmes de santé tels que des infections oculaires et cutanées. Alors que certains sont manifestement très faibles, d’autres continuent à rire et à jouer. Au moins ils ne sont pas en train d’agoniser encore – donc la catastrophe peut encore être évitée. »
Une aide d’urgence
Devant la gravité de la situation, Medair et Save the Children ont rapidement mis en place un programme alimentaire thérapeutique pour proposer un soutien nutritionnel d'urgence et des soins médicaux à entre 800 et 1 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë dans le comté est d’Akobo. Dans le cadre de ce programme, les interventions de Medair sont financées par le Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) ainsi que par des donateurs privés.
À la mi-mai, nous avions apporté un soutien nutritionnel à 459 enfants sévèrement mal-nourris dans le cadre du programme alimentaire thérapeutique et admis au centre de soins 15 autres enfants souffrant de complications médicales.
« Je vois déjà que ma fille Nyadak retrouve l’appétit », dit Nyayoung. « Elle ne mangeait plus et avait perdu l’appétit. Mais après lui avoir donné du Plumpy nut (une pâte nutritionnelle énergétique), elle s’est remise à manger. Ils nous ont appris des gestes pratiques pour garder un enfant en bonne santé. J'essaie de suivre leurs conseils et les mettre en pratique. Sans ce programme alimentaire thérapeutique, nos enfants souffriraient beaucoup plus et certains seraient morts. »
Medair travaille en partenariat avec l’organisme Save the Children pour que les deux organismes puissent se soutenir mutuellement et apporter une aide d’urgence efficace aux enfants les plus vulnérables d’Akobo.
« Medair possède une expertise en aide d’urgence que nous ne maîtrisons pas », dit Mohamed Ahmed Nuh, responsable de programme Save the Children. « Ce partenariat intervient au bon moment. Si nous continuons sur cette lancée, nous pourrons avoir un réel impact et sauver la vie de nombreux enfants. »
« Je suis très reconnaissant que cette aide soit arrivée à temps », conclut Nyayoung. « Sans elle, nos enfants seraient dans un bien mauvais état. Aujourd’hui, nous pouvons enfin espérer qu’ils retrouvent une bonne santé. »
Les enfants ont encore besoin d’aide
Bien que l'intervention d'urgence soit actuellement en cours à Akobo, les enfants doivent toujours faire face à une alimentation précaire et une situation sanitaire qui exige de nouvelles mesures. Malheureusement, si la sécheresse persiste, le niveau de malnutrition restera élevé dans cette région. Grâce à votre soutien, Medair continuera à apporter des soins médicaux aux enfants qui souffrent de malnutrition dans le comté est d’Akobo et dans tout le Sud-Soudan.
Vous pouvez faire un don à Medair aujourd’hui pour soutenir cette action d’urgence.
Le programme nutritionnel de Medair à Akobo au Sud-Soudan reçoit actuellement un soutien financier du Service d'aide humanitaire de la Commission européenne.
Depuis 1991, Medair répond aux besoins de familles très vulnérables touchées par les conflits qui ravagent le Sud-Soudan – notamment les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Nous proposons actuellement divers services (eau, sanitaire, hygiène, médical) dans plusieurs centres de l’État du Nil supérieur (comtés de Melut et de Manyo), tandis que nos équipes d'intervention d'urgence fournissent une assistance rapide en cas de situation de crise dans les dix états du Sud-Soudan.
Cet article a été rédigé grâce aux informations recueillies par le personnel Medair (sur le terrain et au siège). Les points de vue exprimés dans cet article n’engagent que Medair et ne reflètent en aucun cas l’opinion d’autres organismes.
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1 Les taux de malnutrition aiguë sont basés sur le rapport poids/taille et la présence d’œdèmes en utilisant comme référence les normes de croissance 2006 de l'OMS.




