Medair

International Humanitarian Aid Organisation

Medair près de chez vous

Conflits

Les guerres, guerres civiles et conflits internes affectent énormément les peuples innocents résidant dans les zones de conflit. Selon le Réseau pour l’apprentissage actif sur la responsabilité et la performance au sein de l’action humanitaire (ALNAP), trois des conséquences courantes en période de conflit ou d’après-conflit sont la violence délibérée aux personnes, la privation ainsi que la restriction en terme de circulation et d'accès.

La violence intentionnelle envers les civils, qui peut aller jusqu’au meurtre, fait bien trop souvent partie du plan d’action interne des groupes armés. Les enfants sont contraints à devenir soldats ou esclaves sexuels et si de nombreux habitants sont laissés en vie, ils sont toutefois mutilés ou sévèrement blessés. La violence sexuelle est particulièrement répandue. En plus de l’humiliation qu’elle cause et de son impact social, elle est aussi utilisée délibérément pour répandre le VIH.

« (J'ai vu des cas de violence sexuelle) de la part d'une fillette de six ans sur une femme de 75 ans », rapporte Jason Steams, analyste senior pour l’Afrique Centrale au sein d’International Crisis Group, en parlant de la RDC. « Le viol fait partie intégrante de la culture de la violence… L’ordre moral traditionnel de la société est en train de s’écrouler ».[1]

Malgré toute l’horreur de ces atrocités, le rapport de l’ALNAP sur la Protection indique que « l’appauvrissement, la dépossession, la destitution, la maladie et l’épuisement absolu sont responsables de la majeure partie des civils tués en temps de guerre ».[2] La souffrance d’un peuple est directement liée « aux privations causées par la guerre, à ce que les gens lui ont pris ».[3] Ces privations sont souvent le résultat d’attaques délibérées contre les actifs économiques et les sources de revenus ainsi que les stratégies de déplacement.

A ce jour, les différents conflits dans le monde ont poussé près de 24,5 millions de personnes à abandonner leur domicile et à devenir des personnes déplacées de l’intérieur (PDI) dans leur propre pays. Par ailleurs, 9,2 millions de réfugiés ont fui vers d'autres pays.[4] Mais contrairement à la plupart des réfugiés, les PDI disposent d'une protection légale et physique très limitée et sont souvent traités comme des parias dans leur propre pays.[5] Ils s'exilent dans des régions où les services sont rares ou inexistants et où les soins de santé basiques représentent un véritable défi.

« Trop souvent, nous sommes arrivés trop tard avec trop peu de soutien », estime António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés. « Le traitement des personnes déplacées de l’intérieur par un conflit est le plus gros échec de la communauté humanitaire internationale ».

Medair travaille étroitement avec les PDI dans des camps surpeuplés d’Afrique en fournissant un accès aux soins de santé, de l'eau potable, des structures sanitaires et des soins psychosociaux aux personnes touchées par le conflit et aux survivants de violences sexuelles. Elle aide également les communautés à se réinstaller à la fin d’un conflit. En fait, Medair est active dans trois des cinq pays au monde qui comptent le plus de PDI, avec en tête le Soudan et ses quelque 4,7 millions de déplacés.[7] En plus des PDI causés par les conflits, 25 millions de déplacés supplémentaires le sont par des catastrophes naturelles.[8]

« Nous avons négligé ces habitants pendant trop longtemps », explique Jan Egeland, coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies. « Nous avons certes pu sauver des millions de vies pendant toutes ces années, mais notre système de réponse a (aussi) souffert de graves lacunes. Les besoins des déplacés de l’intérieur ont souvent été les premiers à tomber aux oubliettes ».[9]

La troisième conséquence des conflits pour les civils est que leurs mouvements sont beaucoup plus restreints. Des couvre-feux sont imposés, des barrages routiers intallés et les déplacements limités. La peur d’attaques directes ou indirectes (p. ex. les mines terrestres) est également un facteur majeur de limitation de mouvement des habitants. Cette restriction rend difficile pour les habitants de travailler dans leurs champs, de gagner leur vie ou de recevoir des services médicaux ou sociaux.

Medair est intervenue dans plusieurs pays où les conflits ont engendré une haute vulnérabilité globale de la population, notamment en RDC, au Soudan, en Ouganda et en Afghanistan.

République Démocratique du Congo (RDC)
En 2003, le conflit sévissant depuis 5 ans en RDC (qualifié de « première guerre mondiale d’Afrique ») a pris fin officiellement. Toutefois, le processus de désarmement des milices et des groupes rebelles se poursuit aujourd’hui encore et les conflits violents restent courants.

Selon l’agence d’aide International Rescue Committee (IRC), 3,9 millions de personnes ont perdu la vie depuis 1998 en raison de la violence et des maladies liées à la guerre. Elle estime qu’en 2006, 1 200 personnes mouraient quotidiennement.[10] Richard Brennan, de l’IRC, rapporte : « Le conflit sévissant au Congo est le plus mortel des 60 dernières années ».[11]

Pour John O'Shea, Directeur de l’agence d’aide irlandaise GOAL, « il s’agit de la pire tragédie humaine depuis l’Holocauste. L’exemple le plus flagrant sur la planète de la cruauté de l'homme envers l’homme ».[12]

La guerre s’est poursuivie jusqu’en 2003 avec des conflits entre différents groupes et des violences contre les civils. La violence sexuelle est particulièrement dévastatrice et les comptes rendus des atrocités commises affluent. Dans cet environnement traumatisant, 1,1 million d’habitants ont été déplacés de l’intérieur.[13] La plus grande force de maintien de l’ordre de l’ONU y est stationnée, avec 17 000 troupes, mais il est difficile d'essayer de contrôler un pays aussi imposant que la RDC, qui ne dispose même pas d'une infrastructure de transport de base.

« Il existe peu d'endroits au monde où le fossé entre les besoins humanitaires et les ressources disponibles est aussi grand, ou aussi meurtrier, qu'au Congo », a déclaré Jan Egeland, ancien Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.[14]

Depuis 10 ans, Medair fournit une aide vitale dans des coins reculés de la RDC, surtout dans les zones les plus touchées par le conflit au nord-est du pays. L’an dernier seulement, Medair a permis à 1,3 million de bénéficiaires d’accéder à des soins médicaux. Tandis que le processus de désarmement suit son cours, Medair reconstruit l'infrastructure essentielle, avec notamment 17 nouveaux centres de santé et 7 centres restaurés en 2006, ce qui a incité des personnes déplacées à regagner leurs villages d’origine. L’équipe de Medair a par ailleurs réhabilité une route de 111 kilomètres afin de favoriser l’accès à des communautés isolées.

« Medair forme des employés de notre organisation à la prise en charge des victimes de violences sexuelles », explique Alphonsine Unwang, co-coordinatrice de SFVS. « Ce qui me frappe le plus chez Medair, c'est qu'elle est restée pendant la guerre alors que d'autres centres de santé et ONG ont fermé ou quitté le pays. C’est pour cela qu’elle est l’organisation la plus respectée de toute la région ».

Soudan
Dans ce pays, le plus grand du continent africain, les conflits entres divers groupes armés ont engendré d’énormes dissensions internes. En 2003, l’Accord de Paix Global (AGP) mettait fin officiellement à une guerre civile de 21 ans entre le Nord et le Sud. Les conflits se poursuivent pourtant au Darfour occidental où, selon l’ONU, 200 000 personnes sont décédées et 2,5 millions ont été déplacées depuis 2003.[15] Au total, on estime à 4,7 millions le nombre de PDI au Soudan (soit le nombre le plus élevé au monde). Ce chiffre pourrait même être plus important encore car la plupart des PDI du Soudan ne vivent pas dans des camps, ce qui les rend plus difficile à surveiller. Il est également difficile d’obtenir des chiffres précis pour le Sud-Soudan.[16]

Le Sud-Soudan a été dévasté par les effets combinés de la guerre civile la plus longue d’Afrique, de la famine récurrente, des sanctions économiques, du manque d'investissements et de développement et d’une mauvaise gestion globale. Près de deux millions de personnes sont mortes, quatre millions ont été déplacées de l’intérieur et huit millions d’habitants du sud n'auraient pas accès aux services de base comme les soins médicaux et l’éducation.

« En ce qui concerne l’éducation, l’alphabétisation et la malnutrition infantile, le Sud-Soudan se trouve en dernière position au niveau mondial. Il est aussi presque le plus mauvais pour tous les autres indicateurs sociaux », indique Larry Thompson de l’agence Refugees International.[17]

Le mélange explosif des différents groupes ethniques, les vieux griefs et l'armement largement répandu ont rendu la stabilité au Sud-Soudan très incertaine sous l’APG. Bon nombre de réfugiés et de personnes déplacées par la guerre civile commencent à rentrer chez eux. Ceci provoque des tensions accrues au sein de leurs communautés et les tentatives visant à faire respecter le désarmement ont fait ressortir les hostilités intertribales.

D’autres régions du pays, plus éloignées de la capitale, ont aussi souffert d’une négligence chronique, d’un manque d'investissements et d'une mauvaise gestion. Dans la région occidentale du Darfour, ces rancunes ont entraîné un début de rébellion fin 2002. Les tentatives de solutions politiques et militaires ayant échoué, le conflit a rapidement dégénéré. L’Accord de Paix du Darfour (APD), signé en mai 2006, n’a pas réellement amélioré la situation sur place.

Les catastrophes naturelles (inondations et sécheresse l'année passée) ont aggravé la souffrance générale causée par les conflits. Epidémies et pénuries alimentaires sont monnaie courante.

Etant donné la taille du Soudan et l’étendue des problèmes que doit affronter le peuple, Medair y gère deux programmes : l'un dans les Etats du nord et l’autre dans le sud du pays. Dans les Etats du Nord, Medair apporte une aide multisectorielle dans trois régions : le Sud Kordofan, le Darfour occidental et l’Etat de Khartoum.

Au cours de l’année écoulée, Medair a soutenu 43 structures de santé et deux unités mobiles dans les Etats du Nord, permettant ainsi l’accès aux soins de santé primaire à près de 370 000 personnes. Nous nous sommes particulièrement concentrés sur la santé reproductive avec entre autres la formation de sages-femmes, la mise en place de salles d’accouchement hygiénique et l’apport de soins aux survivants de violences basées sur le genre (VBG). L'équipe a également permis l’accès à l’eau potable à plus de 110 000 personnes.

Au Sud-Soudan, où moins de 25% de la population a accès à l'eau potable et seuls 40% des habitants vivent à moins un jour de marche d’une structure de santé primaire, Medair a aidé 280 000 personnes vulnérables l’an dernier. Ses efforts sont destinés à combler les lacunes les plus graves en augmentant l’accès aux services médicaux et à l’eau potable et en procurant une aide d’urgence lorsqu’elle s’avère nécessaire.

Ouganda
En 2006, Jan Egeland a qualifié le nord de l’Ouganda d'épicentre du terrorisme : « Il s'agit du seul endroit sur terre où l'on trouve de vastes régions dans lesquelles 80 à 90% de la population est terrorisée par la violence dans des camps ».[18]

Pendant deux décennies, l’Armée rebelle de Résistance du Seigneur (ARS) a mené une guerre violente au nord du pays, donnant lieu selon l’ONU à l’une des crises humanitaires les plus négligées au monde.[19] Au plus fort du conflit, mille personnes mouraient chaque semaine à cause des maladies, des mauvaises conditions de vie et de la violence tandis que 1,7 million d’habitants étaient déplacés de leur domicile.[20] L'ARS est particulièrement connue pour ses massacres de civils et pour l'enlèvement de plus de 20 000 enfants destinés à servir de soldats ou d'esclaves sexuels.[21] Reuter’s AlertNet rapporte que les enfants soldats pourraient constituer jusqu'à 80% des forces de l'ARS.

L'ARS suscitait parmi les civils la crainte constante de nouvelles attaques. Les habitants ont été déplacés dans des camps proches des bases armées afin de bénéficier d'une protection accrue. Des camps de PDI se sont développés près des villages existants mais leur population a tellement augmenté que les services essentiels se sont fait rares, notamment les services médicaux et l'accès à l'eau potable. Il était aussi difficile de cultiver la terre du fait qu'il était dangereux de quitter la zone sécurisée du camp.

En septembre 2006, un cessez-le-feu décisif fut établi entre l’ARS et le gouvernement ougandais, avec pour résultat une amélioration substantielle de la sécurité. Pour l’instant, les attaques de l’ARS contre les civils ont cessé et la liberté de mouvement s’est améliorée. On estime que 700 000 PDI ont quitté les camps surpeuplés pour rentrer chez eux ou créer de nouvelles colonies.[23]

La population doit néanmoins toujours affronter d'importants problèmes. En effet, alors que les habitants rentrent chez eux ou s’installent ailleurs, ils sont une fois de plus privés de services de base comme les soins de santé, l’école, l’eau potable et l’infrastructure. De plus, ils sont dispersés dans une zone beaucoup plus vaste : il est difficile pour les agences d’aide de bien suivre leurs besoins. Enfin, les conflits tribaux persistent au nord du district de Karamoja et les habitants quittant les camps vivent avec la menace constate du pillage et de la violence.

Un rapport récent des Nations Unies renforce cette inquiétude. Il y est indiqué que : « … de profonds problèmes continuent d’affecter le nord de l'Ouganda... un retour intégral et rapide des PDI chez eux ne sera ni opportun ni efficace ».[24]

La sécheresse récurrente a exacerbé la souffrance de la population et les inondations récentes ont été sévères.

Depuis l’an 2000, Medair est présente en Ouganda où elle fournit un accès à l'eau potable, aux structures sanitaires et aux services de santé à des centaines de milliers de personnes déracinées par les violents conflits dans le pays. L’année dernière, Medair a aidé plus de 236 000 bénéficiaires vulnérables dans le nord de l'Ouganda. Avec l’amélioration relative des conditions de sécurité, Medair se situe aujourd’hui dans la phase après-conflit de ses opérations. Elle se concentre désormais sur le renforcement des capacités au sein des plus petites communautés en apprenant aux rapatriés à gérer leurs propres structures et en permettant aux gens de devenir indépendants.

Afghanistan
Au cours des 25 dernières années, de violents conflits ont transformé l’Afghanistan en un pays où les guerres sont fréquentes.
Plus d’un million de personnes ont été tuées pendant les dix années d’occupation soviétique dans les années 80. En 2001, le régime d’oppression des talibans fut renversé par les troupes américaines. Actuellement, plus de 40 000 troupes internationales sont basées dans le pays et engagées dans des combats avec les insurgés.[25] Très souvent, trop souvent, ces combats ont un impact tragique sur les civils.

L’Afghanistan est aujourd’hui l’un des pays les plus fortement minés au monde. Ces deux dernières années ont vu une augmentation inquiétante de l’utilisation d'engins explosifs improvisés (EEI) prenant pour cible les civils, les internationaux, les forces de la coalition, l’armée afghane et les forces de police. La population est de plus en plus frustrée par le nombre de victimes parmi les civils et les réactions contre les expatriés internationaux travaillant en Afghanistan se font de plus en plus vives. Selon Reuters AlertNet, des douzaines de travailleurs humanitaires ont été blessés, kidnappés ou tués depuis le renversement du gouvernement taliban.[26] De larges zones sont désormais interdites aux agences humanitaires.

« Les Afghans citent régulièrement l’insécurité comme leur principale inquiétude », indique Human Rights Watch. « Les forces talibanes résurgentes ont réussi à contester le contrôle du gouvernement dans une grande partie du sud du pays, limitant l’aide pourtant si importante en matière de développement et de reconstruction ».[27]

Les violents conflits, ancrés dans l'histoire du pays, sont à l'origine d'une négligence énorme et du sous-développement de tout le territoire. Dans les régions reculées, l’accès aux soins de santé primaire est très limité et 70% des foyers ne disposent pas d'eau potable. L’espérance de vie moyenne est de 42 ans (OMS) et certains des taux de mortalité maternelle du pays figurent parmi les plus élevés au monde.[28]

Dans de nombreuses zones de conflit, Medair apporte surtout son aide aux personnes déplacées vivant dans des campements temporaires. En Afghanistan cependant, elle travaille principalement avec les habitants de villages reculés qui sont isolés des services essentiels en raison de l’insécurité du pays et de son infrastructure très limitée.

Dans la province montagneuse du Badakhshan, Medair est active dans quatre des districts les plus inaccessibles, où l’on ne peut se rendre qu’à cheval ou à pied en hiver. Le Badakhshan est indubitablement l’une des régions les plus sous-développées et isolées de l’Asie centrale. C'est dans cette province que le taux de catastrophes naturelles est le plus élevé et les inondations, glissements de terrain et séismes y sont nombreux. Les soins de santé de base étaient presque inexistants à Badakhshan jusqu’en 2002, mais Medair a été la force motrice d’améliorations remarquables ces cinq dernières années. Elle gère aujourd’hui quatre cliniques et 40 postes de santé dans toute la province et a fourni en 2006 des soins de santé primaire à 200 000 personnes.

Medair a également commencé à apporter de l’aide dans les régions montagneuses du centre que les guerres consécutives, l'insécurité et le terrain accidenté ont isolé de l’aide humanitaire. Le manque d’eau potable, d'accès routiers et de cliniques de santé est un challenge pour la santé des communautés isolées. De plus, les années de sécheresse et le manque de développement font de cette région la plus exposée de tout le pays en terme de précarité alimentaire.



[1]Reuters AlertNet, October 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/ZR_CON.htm
[2]Protection - An ALNAP Guide for Humanitarian Agencies.
Hugo Slim and Andrew Bonwick, 2005
[3]ibid
[4]UNHCR, Forgotten No Longer, 2005
www.unhcr.org/publ/PUBL/43d4e7602.pdf
[5]ibid
[6]ibid
[7]IDMC (Internal Displacement Monitoring Centre), Sept 2007
www.internal-displacement.org 8025708F004CE90B/(httpPages)/ 22FB1D4E2B196DAA802570BB005E787C?OpenDocument&count=1000
[8]UNHCR, Forgotten No Longer, 2005
www.unhcr.org/publ/PUBL/43d4e7602.pdf
[9]ibid
[10]IRC Special Report: Congo
www.theirc.org/special-report/congo-forgotten-crisis.html
[11]Reuters AlertNet, October 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/ZR_CON.htm
[12]ibid
[13]ibid
[14]Seize the Moment to Help End Congo's Suffering.
Jan Egeland.  UN Under-Secretary General for Humanitarian Affairs and Emergency Relief Coordinator
ochaonline.un.org/OchaLinkClick.aspx?link=ocha&DocId=1004210
[15]Reuters AlertNet, March 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/SD_CON.htm
[16]IDMC, Internal Displacement Monitoring Centre, September 2007
www.internal- displacement.org/idmc/website/ countries.nsf/ (httpEnvelopes)/CA38A0F0F269546F802570B8005AAFAD?OpenDocument
[17]Reuters AlertNet, March 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/SD_PEA.htm
[18]IRIN, Interview with Jan Egeland, April 2006
www.irinnews.org/report.aspx
[19]Afrol News
www.afrol.com/articles/14806
[20]Reuters AlertNet, August 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/UG_VIO.htm
[21]ibid
[22]ibid
[23]Real-time evaluation of UNHCR's IDP operation in Uganda.
UNHCR, August 2007
[24]Reuters AlertNet, October 2007
www.alertnet.org/db/crisisprofiles/AF_REC.htm
[25]ibid
[26]ibid
[27]ibid

[1]

Malgré toute l’horreur de ces atrocités, le rapport de l’ALNAP sur la Protection indique que « l’appauvrissement, la dépossession, la destitution, la maladie et l’épuisement absolu sont responsables de la majeure partie des civils tués en temps de guerre ».[2] La souffrance d’un peuple est directement liée « aux privations causées par la guerre, à ce que les gens lui ont pris ».[3] Ces privations sont souvent le résultat d’attaques délibérées contre les actifs économiques et les sources de revenus ainsi que les stratégies de déplacement.

A ce jour, les différents conflits dans le monde ont poussé près de 24,5 millions de personnes à abandonner leur domicile et à devenir des personnes déplacées de l’intérieur (PDI) dans leur propre pays. Par ailleurs, 9,2 millions de réfugiés ont fui vers d'autres pays.[4] Mais contrairement à la plupart des réfugiés, les PDI disposent d'une protection légale et physique très limitée et sont souvent traités comme des parias dans leur propre pays.[5] Ils s'exilent dans des régions où les services sont rares ou inexistants et où les soins de santé basiques représentent un véritable défi.

« Trop souvent, nous sommes arrivés trop tard avec trop peu de soutien », estime António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés. « Le traitement des personnes déplacées de l’intérieur par un conflit est le plus gros échec de la communauté humanitaire internationale ».

Medair travaille étroitement avec les PDI dans des camps surpeuplés d’Afrique en fournissant un accès aux soins de santé, de l'eau potable, des structures sanitaires et des soins psychosociaux aux personnes touchées par le conflit et aux survivants de violences sexuelles. Elle aide également les communautés à se réinstaller à la fin d’un conflit. En fait, Medair est active dans trois des cinq pays au monde qui comptent le plus de PDI, avec en tête le Soudan et ses quelque 4,7 millions de déplacés.[7] En plus des PDI causés par les conflits, 25 millions de déplacés supplémentaires le sont par des catastrophes naturelles.[8]

« Nous avons négligé ces habitants pendant trop longtemps », explique Jan Egeland, coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies. « Nous avons certes pu sauver des millions de vies pendant toutes ces années, mais notre système de réponse a (aussi) souffert de graves lacunes. Les besoins des déplacés de l’intérieur ont souvent été les premiers à tomber aux oubliettes ».[9]

La troisième conséquence des conflits pour les civils est que leurs mouvements sont beaucoup plus restreints. Des couvre-feux sont imposés, des barrages routiers intallés et les déplacements limités. La peur d’attaques directes ou indirectes (p. ex. les mines terrestres) est également un facteur majeur de limitation de mouvement des habitants. Cette restriction rend difficile pour les habitants de travailler dans leurs champs, de gagner leur vie ou de recevoir des services médicaux ou sociaux.

Medair est intervenue dans plusieurs pays où les conflits ont engendré une haute vulnérabilité globale de la population, notamment en RDC, au Soudan, en Ouganda et en Afghanistan.

République Démocratique du Congo (RDC)
En 2003, le conflit sévissant depuis 5 ans en RDC (qualifié de « première guerre mondiale d’Afrique ») a pris fin officiellement. Toutefois, le processus de désarmement des milices et des groupes rebelles se poursuit aujourd’hui encore et les conflits violents restent courants.

Selon l’agence d’aide International Rescue Committee (IRC), 3,9 millions de personnes ont perdu la vie depuis 1998 en raison de la violence et des maladies liées à la guerre. Elle estime qu’en 2006, 1 200 personnes mouraient quotidiennement.[10] Richard Brennan, de l’IRC, rapporte : « Le conflit sévissant au Congo est le plus mortel des 60 dernières années ».[11]

Pour John O'Shea, Directeur de l’agence d’aide irlandaise GOAL, « il s’agit de la pire tragédie humaine depuis l’Holocauste. L’exemple le plus flagrant sur la planète de la cruauté de l'homme envers l’homme ».[12]

La guerre s’est poursuivie jusqu’en 2003 avec des conflits entre différents groupes et des violences contre les civils. La violence sexuelle est particulièrement dévastatrice et les comptes rendus des atrocités commises affluent. Dans cet environnement traumatisant, 1,1 million d’habitants ont été déplacés de l’intérieur.[13] La plus grande force de maintien de l’ordre de l’ONU y est stationnée, avec 17 000 troupes, mais il est difficile d'essayer de contrôler un pays aussi imposant que la RDC, qui ne dispose même pas d'une infrastructure de transport de base.

« Il existe peu d'endroits au monde où le fossé entre les besoins humanitaires et les ressources disponibles est aussi grand, ou aussi meurtrier, qu'au Congo », a déclaré Jan Egeland, ancien Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.[14]

Depuis 10 ans, Medair fournit une aide vitale dans des coins reculés de la RDC, surtout dans les zones les plus touchées par le conflit au nord-est du pays. L’an dernier seulement, Medair a permis à 1,3 million de bénéficiaires d’accéder à des soins médicaux. Tandis que le processus de désarmement suit son cours, Medair reconstruit l'infrastructure essentielle, avec notamment 17 nouveaux centres de santé et 7 centres restaurés en 2006, ce qui a incité des personnes déplacées à regagner leurs villages d’origine. L’équipe de Medair a par ailleurs réhabilité une route de 111 kilomètres afin de favoriser l’accès à des communautés isolées.

« Medair forme des employés de notre organisation à la prise en charge des victimes de violences sexuelles », explique Alphonsine Unwang, co-coordinatrice de SFVS. « Ce qui me frappe le plus chez Medair, c'est qu'elle est restée pendant la guerre alors que d'autres centres de santé et ONG ont fermé ou quitté le pays. C’est pour cela qu’elle est l’organisation la plus respectée de toute la région ».

Soudan
Dans ce pays, le plus grand du continent africain, les conflits entres divers groupes armés ont engendré d’énormes dissensions internes. En 2003, l’Accord de Paix Global (AGP) mettait fin officiellement à une guerre civile de 21 ans entre le Nord et le Sud. Les conflits se poursuivent pourtant au Darfour occidental où, selon l’ONU, 200 000 personnes sont décédées et 2,5 millions ont été déplacées depuis 2003.[15] Au total, on estime à 4,7 millions le nombre de PDI au Soudan (soit le nombre le plus élevé au monde). Ce chiffre pourrait même être plus important encore car la plupart des PDI du Soudan ne vivent pas dans des camps, ce qui les rend plus difficile à surveiller. Il est également difficile d’obtenir des chiffres précis pour le Sud-Soudan.[16]

Le Sud-Soudan a été dévasté par les effets combinés de la guerre civile la plus longue d’Afrique, de la famine récurrente, des sanctions économiques, du manque d'investissements et de développement et d’une mauvaise gestion globale. Près de deux millions de personnes sont mortes, quatre millions ont été déplacées de l’intérieur et huit millions d’habitants du sud n'auraient pas accès aux services de base comme les soins médicaux et l’éducation.

« En ce qui concerne l’éducation, l’alphabétisation et la malnutrition infantile, le Sud-Soudan se trouve en dernière position au niveau mondial. Il est aussi presque le plus mauvais pour tous les autres indicateurs sociaux », indique Larry Thompson de l’agence Refugees International.[17]

Le mélange explosif des différents groupes ethniques, les vieux griefs et l'armement largement répandu ont rendu la stabilité au Sud-Soudan très incertaine sous l’APG. Bon nombre de réfugiés et de personnes déplacées par la guerre civile commencent à rentrer chez eux. Ceci provoque des tensions accrues au sein de leurs communautés et les tentatives visant à faire respecter le désarmement ont fait ressortir les hostilités intertribales.

D’autres régions du pays, plus éloignées de la capitale, ont aussi souffert d’une négligence chronique, d’un manque d'investissements et d'une mauvaise gestion. Dans la région occidentale du Darfour, ces rancunes ont entraîné un début de rébellion fin 2002. Les tentatives de solutions politiques et militaires ayant échoué, le conflit a rapidement dégénéré. L’Accord de Paix du Darfour (APD), signé en mai 2006, n’a pas réellement amélioré la situation sur place.

Les catastrophes naturelles (inondations et sécheresse l'année passée) ont aggravé la souffrance générale causée par les conflits. Epidémies et pénuries alimentaires sont monnaie courante.

Etant donné la taille du Soudan et l’étendue des problèmes que doit affronter le peuple, Medair y gère deux programmes : l'un dans les Etats du nord et l’autre dans le sud du pays. Dans les Etats du Nord, Medair apporte une aide multisectorielle dans trois régions : le Sud Kordofan, le Darfour occidental et l’Etat de Khartoum.

Au cours de l’année écoulée, Medair a soutenu 43 structures de santé et deux unités mobiles dans les Etats du Nord, permettant ainsi l’accès aux soins de santé primaire à près de 370 000 personnes. Nous nous sommes particulièrement concentrés sur la santé reproductive avec entre autres la formation de sages-femmes, la mise en place de salles d’accouchement hygiénique et l’apport de soins aux survivants de violences basées sur le genre (VBG). L'équipe a également permis l’accès à l’eau potable à plus de 110 000 personnes.

Au Sud-Soudan, où moins de 25% de la population a accès à l'eau potable et seuls 40% des habitants vivent à moins un jour de marche d’une structure de santé primaire, Medair a aidé 280 000 personnes vulnérables l’an dernier. Ses efforts sont destinés à combler les lacunes les plus graves en augmentant l’accès aux services médicaux et à l’eau potable et en procurant une aide d’urgence lorsqu’elle s’avère nécessaire.

Ouganda
En 2006, Jan Egeland a qualifié le nord de l’Ouganda d'épicentre du terrorisme : « Il s'agit du seul endroit sur terre où l'on trouve de vastes régions dans lesquelles 80 à 90% de la population est terrorisée par la violence dans des camps ».[18]

Pendant deux décennies, l’Armée rebelle de Résistance du Seigneur (ARS) a mené une guerre violente au nord du pays, donnant lieu selon l’ONU à l’une des crises humanitaires les plus négligées au monde.[19] Au plus fort du conflit, mille personnes mouraient chaque semaine à cause des maladies, des mauvaises conditions de vie et de la violence tandis que 1,7 million d’habitants étaient déplacés de leur domicile.[20] L'ARS est particulièrement connue pour ses massacres de civils et pour l'enlèvement de plus de 20 000 enfants destinés à servir de soldats ou d'esclaves sexuels.[21] Reuter’s AlertNet rapporte que les enfants soldats pourraient constituer jusqu'à 80% des forces de l'ARS.

L'ARS suscitait parmi les civils la crainte constante de nouvelles attaques. Les habitants ont été déplacés dans des camps proches des bases armées afin de bénéficier d'une protection accrue. Des camps de PDI se sont développés près des villages existants mais leur population a tellement augmenté que les services essentiels se sont fait rares, notamment les services médicaux et l'accès à l'eau potable. Il était aussi difficile de cultiver la terre du fait qu'il était dangereux de quitter la zone sécurisée du camp.

En septembre 2006, un cessez-le-feu décisif fut établi entre l’ARS et le gouvernement ougandais, avec pour résultat une amélioration substantielle de la sécurité. Pour l’instant, les attaques de l’ARS contre les civils ont cessé et la liberté de mouvement s’est améliorée. On estime que 700 000 PDI ont quitté les camps surpeuplés pour rentrer chez eux ou créer de nouvelles colonies.[23]

La population doit néanmoins toujours affronter d'importants problèmes. En effet, alors que les habitants rentrent chez eux ou s’installent ailleurs, ils sont une fois de plus privés de services de base comme les soins de santé, l’école, l’eau potable et l’infrastructure. De plus, ils sont dispersés dans une zone beaucoup plus vaste : il est difficile pour les agences d’aide de bien suivre leurs besoins. Enfin, les conflits tribaux persistent au nord du district de Karamoja et les habitants quittant les camps vivent avec la menace constate du pillage et de la violence.

Un rapport récent des Nations Unies renforce cette inquiétude. Il y est indiqué que : « … de profonds problèmes continuent d’affecter le nord de l'Ouganda... un retour intégral et rapide des PDI chez eux ne sera ni opportun ni efficace ».[24]

La sécheresse récurrente a exacerbé la souffrance de la population et les inondations récentes ont été sévères.

Depuis l’an 2000, Medair est présente en Ouganda où elle fournit un accès à l'eau potable, aux structures sanitaires et aux services de santé à des centaines de milliers de personnes déracinées par les violents conflits dans le pays. L’année dernière, Medair a aidé plus de 236 000 bénéficiaires vulnérables dans le nord de l'Ouganda. Avec l’amélioration relative des conditions de sécurité, Medair se situe aujourd’hui dans la phase après-conflit de ses opérations. Elle se concentre désormais sur le renforcement des capacités au sein des plus petites communautés en apprenant aux rapatriés à gérer leurs propres structures et en permettant aux gens de devenir indépendants.

Afghanistan
Au cours des 25 dernières années, de violents conflits ont transformé l’Afghanistan en un pays où les guerres sont fréquentes.
Plus d’un million de personnes ont été tuées pendant les dix années d’occupation soviétique dans les années 80. En 2001, le régime d’oppression des talibans fut renversé par les troupes américaines. Actuellement, plus de 40 000 troupes internationales sont basées dans le pays et engagées dans des combats avec les insurgés.[25] Très souvent, trop souvent, ces combats ont un impact tragique sur les civils.

L’Afghanistan est aujourd’hui l’un des pays les plus fortement minés au monde. Ces deux dernières années ont vu une augmentation inquiétante de l’utilisation d'engins explosifs improvisés (EEI) prenant pour cible les civils, les internationaux, les forces de la coalition, l’armée afghane et les forces de police. La population est de plus en plus frustrée par le nombre de victimes parmi les civils et les réactions contre les expatriés internationaux travaillant en Afghanistan se font de plus en plus vives. Selon Reuters AlertNet, des douzaines de travailleurs humanitaires ont été blessés, kidnappés ou tués depuis le renversement du gouvernement taliban.[26] De larges zones sont désormais interdites aux agences humanitaires.

« Les Afghans citent régulièrement l’insécurité comme leur principale inquiétude », indique Human Rights Watch. « Les forces talibanes résurgentes ont réussi à contester le contrôle du gouvernement dans une grande partie du sud du pays, limitant l’aide pourtant si importante en matière de développement et de reconstruction ».[27]

Les violents conflits, ancrés dans l'histoire du pays, sont à l'origine d'une négligence énorme et du sous-développement de tout le territoire. Dans les régions reculées, l’accès aux soins de santé primaire est très limité et 70% des foyers ne disposent pas d'eau potable. L’espérance de vie moyenne est de 42 ans (OMS) et certains des taux de mortalité maternelle du pays figurent parmi les plus élevés au monde.[28]

Dans de nombreuses zones de conflit, Medair apporte surtout son aide aux personnes déplacées vivant dans des campements temporaires. En Afghanistan cependant, elle travaille principalement avec les habitants de villages reculés qui sont isolés des services essentiels en raison de l’insécurité du pays et de son infrastructure très limitée.

Dans la province montagneuse du Badakhshan, Medair est active dans quatre des districts les plus inaccessibles, où l’on ne peut se rendre qu’à cheval ou à pied en hiver. Le Badakhshan est indubitablement l’une des régions les plus sous-développées et isolées de l’Asie centrale. C'est dans cette province que le taux de catastrophes naturelles est le plus élevé et les inondations, glissements de terrain et séismes y sont nombreux. Les soins de santé de base étaient presque inexistants à Badakhshan jusqu’en 2002, mais Medair a été la force motrice d’améliorations remarquables ces cinq dernières années. Elle gère aujourd’hui quatre cliniques et 40 postes de santé dans toute la province et a fourni en 2006 des soins de santé primaire à 200 000 personnes.

Medair a également commencé à apporter de l’aide dans les régions montagneuses du centre que les guerres consécutives, l'insécurité et le terrain accidenté ont isolé de l’aide humanitaire. Le manque d’eau potable, d'accès routiers et de cliniques de santé est un challenge pour la santé des communautés isolées. De plus, les années de sécheresse et le manque de développement font de cette région la plus exposée de tout le pays en terme de précarité alimentaire.

La deuxième partie de cette rubrique, que vous retrouverez prochainement, étudiera la façon dont les catastrophes et autres crises rendent les populations extrêmement vulnérables.<//b><//b><//b><//b><//b>

Compétences Principales

Secteurs d`expertise

Services de santé
Eau et assainissement
Abri et infrastructure
http://www.www.medair.org/fr/activites/medair/conflits/